itineraire mis-a-jour le 25/12/2011, 26 100 km parcourus

lundi 29 août 2011

26/08/11 La route des Pamirs

Ca y est! Les renforts sont arrivés. Notre ami Antoine vient de faire éruption dans notre chambre d'hôtel à Osh, un vélo dans les bras, le sourire au visage et les yeux qui ferment tout seuls après ce long voyage. Il nous apporte, entre autres, de la bouffe déshydratée pour les Pamirs, une nouvelle roue arrière pour remplacer celle dont je n'ai pas réussi à réparer la roue libre, mais surtout, des nouvelles fraîches de Montréal et beaucoup de motivation à ajouter à la nôtre.
Le départ se fait le lendemain mais nous sommes rapidement ralentis par l'Asie Centrale qui dit bonjour à l'estomac d'Antoine. On se rendra finalement à Sary Tash en quatre jours et une soirée passée à pousser nos vélos en haut du col Taldyk.

"Une belle rencontre à Osh, ces gens d'origine Ouzbek qui ont gentiment accepté de garder nos vélos chez eux pendant notre séjour à Bishkek"

"Antoine une fois que son état de santé s'est amélioré" 

"Les enfants kyrgyzs et leurs ânes"
"D'autres enfants kyrgyzs"


De Sary Tash, situé à plus de 3 000 mètres d'altitude, on voit l'impressionnante barrière de montagnes derrière laquelle se cache le Tadjikistan. L'ascension de cette forteresse n'est pas chose facile (parlez-en aux portes-bagages d'Amélie) mais on y arrive. Autour de nous dansent des glaciers, des rivières boueuses et des montagnes rouges, noires, vertes, grises et jaunes, une chorégraphie qui ne s'interrompera pas avant la fin des Pamirs. Au sommet, nous voilà au Tadjikistan. On n'est pas trop fächés de quitter les Kyrgyzs qui sont vraiment trop portés sur la vodka et dont les enfants tiraient sur nos bagages et nous lançaient des roches.
"Le support (rack), désoudé à trois endroits. ne tient plus que par un tressage de fortune"

De l'autre côté, la route est très mauvaise mais plutôt droite. On arrive bientôt en vue du lac Karakol, le plus beau lac que j'ai jamais vu et peut-être le plus isolé que je ne verrai jamais (too bad pour le lac Louise!). Voici en photo les quelques 400 km jusqu'à Jelandy.

"Lichen multicolore"

"Le lac Karakol"

"Le pic Lenin quelque part en arrière-plan de la photo"


"Yurt"

"Un col"
"Près d'Alichur"

 "Shrubbery (type de buisson)!"

"Vent, sable et coucher de soleil"

"Un dernier col. On descend maintenant"

A partir de Jelandy, c'est une grande descente jusqu'à Khorog, ville dans laquelle la bière coule manifestement autant que l'eau des glaciers. A un barrage à l'entrée de la ville, un policier veut nous soudoyer de l'argent sans succès. Désespéré, il tente de toucher notre compassion en nous expliquant que cet argent lui servirait à s'acheter de la bière!!!  5 km plus loin, un ivrogne marchant sur la rue donne un coup de poing au visage d'Antoine sans raison avant de continuer sa route. Ok! Décision prise!  On boit une bière à Khorog et on se tire. D'accord?
"Antoine avant l'agression"

Là, on pensait bien l'avoir plus facile pour les prochains 200 km. On nous avait dit:"Cela descend et c'est pavé". La version complète aurait dû être:"Cela descend, puis le tout remonte, on redescend puis on remonte, etc......et c'est pavée le tiers du temps sauf quand il n'y a pas de la roche, du sable et des trous qui vous font vibrer au point que les repas remontent".    Bref, on arrive à Kalaikhum après quatre jours, dégoûtés, courbatures et malades. Antoine repart dans trois jours de Dushambe ce qui nous oblige à finir l'étape en Jeep pour être sûrs de ne pas manquer l'avion. On ne trichera plus à l'avenir. C'est promis!

"Antoine et Amélie"



"De l'autre côté de la rivière, le beau royaume de l'Afghanistan"

Malgré notre arrivée peu glorieuse à Dushambe, capitale du pays (Tadjikistan), nous garderons un très bon souvenir des Pamirs, ensemble de montagnes, déserts et vallées au sommet du monde, mais aussi des habitants de cette région (les Pamiris), particulièrement les femmes, robustes, vêtues de leurs robes colorées, toujours heureuses de vous rencontrer. On sentait dans ces femmes un bonheur accroché au coeur et qui nous a fait paraître cette route moins ardue. Ici à Dushambe, il fait 20 degrés Celsius et de surcroit, on doit jongler avec la paperasse pour nos trois prochains visas (Ouzbékistan, Iran, Turkménistan) et Antoine doit déjà repartir. Déjà trois semaines depuis Osh au Kirghizistan. Wow! Elles sont passées vite celles-là.  Dommage que l'Asie Centrale s'acharne maintenant sur nos estomacs et nous clouent au lit. On fêtera plus tard en janvier à Montréal!



06/08/11 Ala-Archa

Une randonnée près de Bishkek








dimanche 28 août 2011

27/07/11 Passer au Kyrgyzstan

La route de Kashgar à Sary Tash via le poste frontalier d'Irkeshstan possède assez de paysages spectaculaires pour remplir tout un volume du National Geographic. Nos problèmes techniques (la perte de nos deux matelas et un bruit inquiétant dans la roue libre de la roue arrière de Xavier) ne nous ont pas empêché d'apprécier le paysage.








On n'est quand même pas fâchés d'arriver à Sary Tash après un repas de patates crues (plus de bouffe, plus d'essence). Pas mal pour fêter le cap des 20 000 kilomètres parcourus.

19/07/11 Occident Express

Un désert de 3 000 km devant nous, un ami qui nous rejoint au Kyrgyzstan début août, un visa qui expire, d'autres à obtenir, oui vraiment, tout nous pousse à passer en mode express dans le Xinjiang. On a pris très peu de transport avec nos vélos depuis le début du voyage et on déteste ca. C'est donc en grommelant qu'on s'embarque dans le bus pour Urumqi, ville dans laquelle nous devons obtenir nos visas pour le Kyrgyzstan.

Passage oblige pour tout cycliste désirant quitter ou entrer en Chine par l'Ouest du pays, Urumqi est une ville profondément polarisée: quartiers de béton et d'autoroutes mêlés à des coins tranquilles et verdoyants, cinq centrales nucléaires au Nord et des champs d'éoliennes à perte de vue au Sud, mais surtout, une population turque (les Yogourts) au Sud et le reste de la ville occupé par les Hans.

Attisée par la répression culturelle qu'exerce le gouvernement Han sur les Yogourts et par des évènements isolés mais violents, la ville s'est embrasée en 2010, Hans et Yogourts se chassant dans la ville armés de ce qu'ils avaient sous la main. Lorsque l'armée est enfin intervenue, le sang de 200 morts et 1 500 blessés avait déjà souillé les rues. La tension est haute dans toute la province du Xinjiang comme nous le rappellent les évènements de juillet dans les villes d'Hotan et de Kashgar.

 "Tianshan"


Bien que la ville soit dans un désert à 4 000 km de la côte, le "port" d'Urumqi, tel que déclaré par le gouvernement chinois (la ville la plus éloignée de la mer au monde, il n'y a que les Chinois pour faire cela), nous a quand même beaucoup plu. Il faut en remercier Dave, un Américain qui vit en Chine depuis 15 ans, et sa femme Hakka Lisa que nous avons rencontres dans la rue et qui nous ont proposé de rester chez eux. Grâce à eux, notre séjour à Urumqi fut reposant, enrichissant et bien arrosé.


Une fois le visa Kyrgyz en main, nous revoilà dans un autre bus pour 24 heures, entourés de Yogourts. A Kashgar, nous ne sommes décidement plus en Chine. C'est la Turquie ici avec des mosquées, des marches colorées et des vendeurs de pains Nan et de yogourts (l'aliment) postés à chaque coin de rue. A notre hôtel, on rencontre beaucoup de Pakistanais dont un très gentil qui nous invite au restaurant et qui nous explique que les États-Unis ne sont pas un pays mais plutôt 52 états indépendants. D'un même souffle, il nous mentionne qu'il y a au Pakistan une montagne de 18 000 mètres de hauteur (dire qu'il y a des blancs qui perdent leur temps à escalader l'Everest à 8 800m... Pas de péril ! Pas de gloire!)


samedi 9 juillet 2011

04/07/2011 Les plateaux et les lacs du Qinghai

Après deux journées très productives à Xining et une ascension sans histoire, nous revoilà pour une dernière fois sur les grands plateaux tibétains, et cette fois pas sur n'importe quelle route. Nous roulons sur la célèbre Qinghai-Tibet, artère principale liant le Tibet et Lhassa au reste de la Chine sur laquelle  circulent d'innombrables camions.


Nous aurions bien aimé suivre les quelques cyclistes chinois téméraires qui suivent cette route jusqu'au bout, passant d'un plateau à l'autre pour atteindre éventuellement les 5 000 mètres (altitude à laquelle, paraît-il, les maux de tête sont un problème constant), mais ce sera pour une autre fois, lorsque les autorités chinoises le voudront bien. Tant pis pour le Tibet. On lui tourne le dos et fonçons vers le Nord, vers le désert de Taklamakan.  Sur les plateaux à 3 500 mètres d'altitude, nous découvrons des pâturages jaunâtres et des lacs salés dont le Qinghai Hu, le plus grand lac de Chine.



"Chaka"



En route, nous rencontrons Kendra et Rob (http://www.crazyguyonabike.com/doc/SEAchange),  deux Américains du Colorado avec qui nous roulerons une dizaine de jours jusqu'à Dunhuang.



Après un passage dans une vallée près de Wulan, les paysages deviennent de plus en plus désertiques.











"Dépôt de sel"

On traverse un désert de 100 km de largeur, prisonniers entre deux chaînes de montagnes à 2 800 m d'altitude.

 (photo prise par Rob Dillon)

"Vidéo prise en pleine traversée du désert (cliquez sur l'image pour visionner)"




Puis, c'est la grande descente du plateau tibétain jusqu'à Dunhuang, 1 500 m plus bas, entouré par le désert.




Photo prise par Rob Dillon de la descente du plateau tibétain vers Dunhuang

"Dunhuang, ville oasis au milieu des dunes de sable"

 Sous étroite surveillance
L'étape de 12 jours entre Xining et Dunhuang ne fut pas chose facile. Non seulement la région est déserte et désertique (ce qui pose des difficultés au niveau de l'approvisionnement en eau et en nourriture), mais en plus, le territoire au Nord de Wulan est militarisé, sévèrement contrôlé et théoriquement interdit aux étrangers. Pour passer entre les mailles du filet, il nous aura fallu beaucoup de conviction et prendre certains risques. Voici l'histoire que les photos ne racontent pas.

De Ling Ha
En arrivant dans cette ville, nous cherchons un restaurant et un marché pour nous permettre de se réapprovisionner car nous n'avons plus d'eau ni de nourriture. Avant même d'avoir trouvé un resto, la police nous récupère et nous emmène au poste. Après avoir contrôlé nos passeports, ils nous informent que la ville ainsi que la route vers l'Ouest que nous voulons emprunter sont fermées aux étrangers. Ils nous demandent de faire un détour de 2 000 km en passant par Golmud. Il n'y a pas moyen de discuter avec eux. On doit cependant trouver de la nourriture avant de partir de la ville. Finalement, après plusieurs minutes de discussion, ils acceptent de nous escorter. Kendra et moi embarquons dans un fourgon de police et nous ferons ainsi nos achats, escortés par 4 gendarmes.  On quitte la ville sur nos vélos et comme personne ne nous suit, on décide de tourner vers l'Ouest sur la route supposément interdite. On roule comme des malades jusqu'à ce qu'on trouve une bonne cachette pour camper. La bière est bonne ce soir.

Da Qaidam
Deux jours plus tard, on atteint Da Qaidam après avoir roulé contre le vent tout l'après-midi. Épuisés, on prend un bon repas avant de trouver un hôtel. Une fois nos bagages dans la chambre et Amélie dans la douche, la police se pointe, accompagnée par un professeur d'anglais qui traduit. On nous dit que la ville est interdite aux étrangers parce que c'est une base militaire. On nous oblige à déménager dans un autre hôtel choisi et supervisé par la police. Lorsque le branle-bas de combat prend fin, il est minuit et nous sommes couchés dans une prison aux barreaux dorés. Avant de nous quitter, l'interprète nous a bien averti de ne pas traîner dans la ville le lendemain et de ne pas prendre de photos jusqu'à notre arrivée à Dunhuang.

Akesai
Trois jours plus tard dans la ville Kazak d'Akesai, nous nous pensions définitivement sortis de la zone interdite. Les gens de la ville étaient même très sympathiques. Un "international guide" qui travaillait dans la ville nous avait même aidé à trouver un hôtel et à négocier le prix de la chambre. Sauf qu'au matin, Rob se rend compte que "l‘international guide" est plutôt un "international guard", le FBI ou la CIA de la Chine si vous voulez, et qu'il a passé la nuit à veiller dans le lobby de l'hôtel. Il va finalement nous escorter gentillement jusqu'è la limite de la ville.

Toutes ces mésaventures auraient été difficilement surmontables sans la compagnie de Kendra et Rob qui ont pris une part du poids sur leurs épaules. Les avoir à nos côtés nous a aussi permis de penser à autre chose qu'à la police et de vivre des moments vraiment agréables malgré le contexte. Merci! Go the Freeness!